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L’Elysée fait la pédagogie de la réforme des retraites - L’Express

In L’Express

Nicolas Sarkozy et son conseiller social, Raymond Soubie, ont reçu quelques journalistes pour expliquer comment le recul de l’âge légal à 62 ans a été choisi. Christophe Barbier y était. Analyse.

Les Ray-Ban du président de la République sont gravées à son nom, à l’intérieur de la branche gauche. Il jouait avec, mercredi matin, assis sur la terrasse en devisant avec son conseiller, Raymond Soubie, et quelques journalistes à qui il voulait préciser la stratégie de sa réforme des retraites.

Ce qui a guidé le chef de l’Etat, c’est la recherche de la combinaison optimale entre un âge de départ en retraite repoussé et une année d’entrée en matière de cette nouvelle règle : à quelle date partira-t-on en retraite à quel âge ? Avec, bien sûr, l’objectif de l’équilibre financier.

Dans cette perspective, 63 ans en 2030, 65 ans en 2050, 62 ans en 2018 étaient diverses formules envisageables. A chaque fois, cela donnait la hauteur de la montagne à gravir, la distance nous séparant du sommet et donc la raideur de la pente à affronter. Une sorte d’exercice de géométrie pour le bac. Un report marqué (63, 65 ans), une année lointaine, un nombre de mois important à gagner par an ?... A chaque fois, la combinaison âge/date comporte une efficacité financière et une violence sociale spécifique. L’arbitrage, explique l’Elysée, s’est fait donc entre le sérieux de la réforme et son acceptabilité sociale. Résultat : la France est, selon le pouvoir, le pays au monde qui fait l’effort le plus important.

Constat a été fait que la réforme de 2003 a failli tuer la CFDT et coûté cher avant de rapporter plus tard - après 2020. De même cette fois-ci : l’allongement de la durée de cotisations comme seule méthode aurait obligé, dit l’Elysée, à aller jusqu’à 47 ans de cotisations pour renflouer le système. Impensable. Enfin, le report de 65 à 67 ans de l’âge où l’on peut partir sans décote si l’on n’a pas toutes ses annuités est obligatoire pour ne pas ruiner les effets des 62 ans : si on reste à 65 ans, 40% du bénéfice financier de l’âge légal à 62 ans part en fumée.

Aucune étude ne pouvant déterminer la pénibilité d’un métier, il a été choisi de constater, par individu, l’invalidité provoquée par les tâches accomplies. Entre le maintien des 60 ans pour ceux qui ont commencé à travailler avant 18 ans et les bénéficiaires de la clause pénibilité, de 60 000 à 90 000 personnes devraient chaque année partir avant 62 ans.

Le président ne donne pas dans la forfanterie, il sait que la France est un pays éruptif et qu’il y aura contestation de la réforme. Après l’épisode retraites, il s’attaquera à la dépendance : 20% seulement des Français, selon l’Elysée, peuvent payer leur maison de retraite, et 250 000 nouveaux cas d’Alzheimer se déclenchent chaque année. Les retraités devront sans doute mettre la main à la poche. Avant ce nouveau chantier, il y aura un mouvement gouvernemental : Fillon sauvera-t-il son siège ?

"Une orange pressée, si elle n"est pas bue dans les 4 minutes, perd son apport vitaminé", nous a expliqué le président en faisant renouveler nos verres. Idem pour la réforme des retraites : à consommer vite pour ne pas dilapider son énergie politique.

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