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Retraites : réforme courageuse mais inaboutie - Le Figaro

In Blog social du Figaro

DIFFICILE d’avoir une idée vraiment arrêtée sur la réforme Woerth des retraites tant elle multiplie les signaux contradictoires dans un sens ou un autre. Quoi qu’on en pense, cette réforme est politiquement courageuse. Personne avant Nicolas Sarkozy n’avait osé, ni même pensé, remettre en cause le dogme des 60 ans. En le faisant, le président prend donc le risque de braquer l’opinion qui, si elle est convaincue de la nécessité d’une réforme, est solidement attachée à cet acquis social. Le sondage révélé ce matin par Le Parisien le démontre : 60% des Français ne sont pas d’accord avec le relèvement de l’âge de la retraite à 62 ans en 2018. Le chef de l’État prend également le risque de décourager son électorat traditionnel en ayant décidé de ne pas toucher, comme ses prédécesseurs, aux conditions de départ en retraite dans la fonction publique et les régimes spéciaux via le maintien du calcul des pensions sur les 6 derniers mois de salaire.

Il a également entériné de faire contribuer - même symboliquement - plus et hors bouclier fiscal les hauts revenus, ce qui n’est pas sans risque sur la confiance que lui accorde les personnes aisées qui votent traditionnellement à droite. Au final donc, Nicolas Sarkozy court le risque de décevoir une bonne partie de l’opinion et de son électorat. Ce qui est, je trouve, plutôt courageux quoi qu’on pense de l’efficacité, de l’équité ou de la "justice" de cette réforme.

A l’inverse, on peut raisonnablement trouver que cette réforme est à bien des égards inaboutie. Elle n’apporte en effet - et sous réserve que les projections économiques du COR se vérifient dans les 8 ans à venir - une solution que de court-terme, en 2018 et pour les trois années suivantes. D’ici là, les déficits vont continuer à se creuser même s’ils seront pris en charge par le fonds de réserve des retraites (FRR). Après, une nouvelle réforme s’imposera car le choc démographique programmé - le départ en retraite des dernières générations du baby boom - replongera les régimes dans des déficits importants. N’est-ce pas Nicolas Sarkozy pourtant qui, lors de son discours le 22 juin 2009 devant le congrès, avait parlé d’un "rendez capital" et promis que "le gouvernement prendra ses responsabilités, c’est une question d’honneur, c’est une question de morale à l’endroit des générations qui vont nous suivre" ? Au final donc cette réforme ne propose qu’un horizon de 8 ans, soit une demi-génération et un terme deux fois moins éloigné que la réforme Balladur de 1993 qui se projetait 15 ans plus tard en 2008.

Reste la question des contreparties dont je ne sais que penser. On peut juger faible l’ouverture sur la reconnaissance de la pénibilité (10000 personnes touchées par an), promise depuis 7 ans, basée sur "un affaiblissement physique avéré" et constaté "au moment du départ à la retraite". Mais ajoutée au dispositif prorogé des "carrières longues" - qui permet à des salariés ayant commencé à travailler tôt dans des métiers souvent difficiles de partir en retraite au plus tard à 60 ans -, ce seront pas moins de 100 000 personnes par an qui, d’après les projections du gouvernement, pourront partir en retraite dès 2015 à l’âge de 60 ans ou avant. Soit près de 15% du volume des départs annuels en retraite, ce qui n’est pas rien. Et ce, sans compter en plus les départs liés aux catégories actives dans la fonction publique et les régimes spéciaux qui permettent de partir encore plus tôt en retraite (à 52 ou 57 ans à partir des années 2020).

Dernier point : la réforme est totalement muette sur la capitalisation alors que le document d’orientation du gouvernement dévoilé mi maijugeait "nécessaire d’encourager les dispositifs d’épargne retraite". Dommage pour les jeunes générations dont l’horizon est, en raison du terme de cette réforme fixé à 2018, loin d’être dégagé et assuré. Peut-être cela viendra-t-il au Parlement à la rentrée ? Probablement le gouvernement a-t-il jugé qu’il n’était pas nécessaire d’en rajouter une louche en prêtant le flan à la critique de l’ouverture à la capitalisation.

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