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Les faux espoirs de la réforme des retraites 14/04 - RTL.fr

In RTL.fr - Par Jean-Michel Aphatie

Le débat sur les retraites est l’un des plus difficiles, celui aussi qui provoque le plus d’inquiétude, que doit affronter la société française.

L’une des caractéristiques de notre modèle social, ce que nous disons de nous mêmes, de nos valeurs, est inscrit dans le fonctionnement actuel du système des retraites. Ceux qui travaillent aujourd’hui paient l’inactivité de ceux qui ont travaillé hier. Ceci est le contraire de l’égoïsme, et la manifestation la plus concrète d’une solidarité entre les individus ressentant un sentiment d’appartenance à une même collectivité. En même temps, toute l’ambiguïté du débat français, ses non-dits qui deviennent des mensonges à force de l’être, se niche au coeur de ce système. L’administration, qui incarne dans notre mentalité collectivité l’intérêt général et les valeurs de l’identité nationale, a depuis longtemps instauré un principe de capitalisation des retraites qui permet à ses agents de cotiser pour leur propre retraite. Cette démarche d’inspiration anglo-saxonne au coeur même de l’identité administrative de la France est sans aucun doute la manifestation la plus déroutante de l’’hypocrisie dont nous sommes capables.

A propos des retraites, quelques remarques dans le désordre.

Plusieurs objectifs paraissent guider la réforme dont le gouvernement assure qu’il élaborera les grandes lignes à la fin du mois prochain, pour présenter un projet de loi au début de juillet, afin que le parlement en débatte à l’automne. Rien que le calendrier est un péril grave. Avancer le pied sur le champignon, c’est prendre le risque de ne pas pouvoir éviter le mur qui risque de se présenter dans le dernier virage, en l’occurrence les cortèges des manifestants récalcitrants de septembre. La vitesse est un des symptôme de la modernité moderne. Parfois, hélas.

Le gouvernement récuse par avance l’idée d’augmenter les cotisations. Son argument ? Elles pèsent déjà pour le tiers du salaire versé par les entreprises, inégalement réparties entre employeurs et employés. En gros, nous sommes au seuil du supportable. C’est objectivement vrai. Il est aussi objectivement déprimant de constater que sous l’angle des recettes, pratiquement aucune marge de manoeuvre, en tout cas pas significative, n’existe.

Le gouvernement récuse par avance l’hypothèse de voir baisser les pensions. On peut comprendre la prudence, l’admettre même vu le nouveau moyen des pensions. Seulement, à force de fermer des portes, nous finirons bien par nous demander sur quel levier il est possible d’agir pour réformer le financement des régimes de retraites.

En gros, si l’on veut bien s’éviter les salamalecs de la pensée, il n’en reste qu’un : l’allongement de la durée des cotisations et, ce n’est pas la même chose mais c’est finalement pareil, le recul de l’âge légal du départ à la retraite, 60 ans aujourd’hui. A partir de 2012, il faudra avoir cotisé pendant 41 ans avant de pouvoir faire valoir ses droits à pension. Il s’agirait donc d’augmenter cette durée. Soit.

Mais quel sens cela a-t-il en période de fort chômage ? L’Unedic plutôt que les caisses de retraites ? dans tous les cas, c’est un coût pour la Nation. La remarque est d’autant plus forte que le taux d’emploi des seniors, en France comme ailleurs en Europe, c’est une tendance, baisse et baissera dans les prochaines années. En clair, de plus en plus, la règle d’un parcours professionnel sera un longt temps d’activité, puis une période de chômage, et enfin la possibilité d’accéder à ses droits à l’inactivité.

Puisque nous en sommes là, autant dire les choses franchement. D’autant plus franchement que personne ne le dit. La réforme qui se préparer ne sauvera pas le régime des retraites par répartition, caractéristique de la civilisation française construite dans l’après-guerre. Elle en différera la mort. C’est tout. Pour le sauvetage, nous nous y prenons trop tard. Nous nous y prenons à un moment où la compétitivité de notre économie est très dégradée. Nous nous y prenons à un moment où nos finances publiques sont trop délabrées. Mesure-t-on bien que l’effort financier à fournir pour les retraites d’ici à vingt ans doit être fourni, à quelques milliards d’euros près, dans un temps beaucoup plus bref, 2013 selon les engagements pris auprès de nos partenaires européens, pour la réduction de nos déficits publics ?

Le cumul des problèmes structurels – crise de financement des systèmes de solidarité, car il faut y inclure le reste de la sécurité sociale, déclin de l’économie, désordres du budget – décrit un grave déclin national face auquel nous ne disposons que de rustines. Peut-être dans la vie des Nations des cycles de cette nature sont-ils inévitables. Malgré tout, on peut avoir le sentiment d’une gouvernance suffisamment médiocre depuis trois décennies pour juger que la responsabilité de ceux qui se sont succédés au pouvoir est largement engagée. En tout cas, il ne sert à rien de se leurrer, le péril est immense et les chances de le conjurer faibles. On conviendra que telle n’est pas la tonalité du discours ambiant, sans doute parce que la prise de parole des acteurs ne peut pas être pessimiste. Qu’au moins le journalisme serve à cela : décrire avec le moins de fard possible l’instant que nous vivons.

Cet article est repris du site http://news.google.com/news/url?fd=...

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