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[REVUE DE PRESSE] La réforme des retraites - nouvelobs.com

In nouvelobs.com - Voici les commentaires de la presse française, jeudi 15 avril, sur la réforme des retraites.

LE MIDI LIBRE - Yann MAREC

Fermons les yeux un instant. Et opérons un retour en arrière dans les années 70. Nos élites de l’époque qui baignaient dans un confort structurel, imaginaient-elles qu’un jour nos programmes télé seraient diffusés sur nos portables ? Avaient-elles anticipé l’arrivée de l’Ipad ? Avaient-elles vu venir le choc pétrolier ? C’était il y a 40 ans. Nous sommes en 2010 et les prévisionnistes du moment nous promettent des comptes catastrophiques pour les retraites au long cours. Des courbes. Des statistiques. Des déficits. L’horreur à l’horizon de 2050. Nos penseurs qui réfléchissent avec des éprouvettes et des maths ont mis dans le mille : ils nous ont fait peur. Bingo ! Le gouvernement en profite et appelle à la responsabilisation. Woerth invite les syndicats. Puis les partis. But avoué : obtenir un consensus. Sur quelle base ? Mystère. Pour l’heure, le gouvernement avance avec un principe : si on vit plus longtemps, nous pouvons travailler plus longtemps. Pour les syndicats, il n’est pas question de toucher au dogme de la retraite à 60 ans. C’est en réalité le grand écart. Pour tout dire, après trois jours de concertation pas une seule idée neuve n’est mise sur la table. En France, on est bon pour prévoir sur 40 ans. Pour guérir l’instant, c’est plus douloureux.

LA CHARENTE LIBRE - Jacques Guyon

Si le gouvernement avait besoin de se convaincre que sur le front social les temps ne sont pas à la décrispation, il n’aurait pas à aller chercher bien loin. Deux clignotants oranges sont en effet allumés. Le premier avec la grève à la SNCF. Voilà un conflit assez atypique. D’abord parce qu’il est parti en ordre dispersé, la CFDT descendant du train pour être remplacée illico par Sud Rail qui n’attendait que ça pour se disputer le leadership avec la CGT (....).
Or la sérénité serait la bienvenue au moment où le gouvernement vient d’aborder l’explosif dossier de la réforme des retraites. Et, c’est là précisément qu’on voit clignoter l’autre feu orange : la manière dont a été accueilli le rapport du COR en dit long sur le climat social. Que les projections du Conseil d’orientation des retraites fassent froid dans le dos, OK. Pour autant faut-il comme le font quasi tous les syndicats (de FO au Medef en passant par la CGT) où la plupart des personnalités de l’opposition l’accuser de catastrophisme voire de manipulation ? Le COR mis en place par Jospin et incontesté lors de la précédente réforme en 2003 serait-il devenu un vil instrument du pouvoir ? Sa composition aurait-elle changé_ ? A la place des syndicalistes, des experts, des hauts fonctionnaires y aurait-on fait siéger des agents de la Sarkozie à la solde du capitalisme mondialisé ? Alors pourquoi tant de défiance ? Cette incapacité à entendre un diagnostic fut-il extrêmement grave, cette façon de refuser par avance les potions amères que celui-ci laisse redouter ne manifeste-t-elle pas le pire des dénis de réalités ? N’est-elle pas là le syndrome d’une société tellement angoissée qu’elle préfère se cacher ses maux qu’à devoir les affronter ?

LA VOIX DU NORD - Hervé Favre

Ce COR-là n’a jamais fait autant de bruit ! Et sa sonnerie écorche depuis 48 heures les oreilles de la gauche. Celle-ci y voit un instrument à vent de panique jouant fortissimo une partition écrite par le gouvernement pour mieux faire accepter sa réforme demain. Depuis que le conseil d’orientation pour les retraites a publié ses scénarios pour les régimes de retraites à l’horizon 2050, ce n’est qu’un concert de protestations à plusieurs voix, PS, PC, Parti de gauche, contre un discours alarmiste. Martine Aubry y a joint sa voix hier dans une tribune publiée par Le Monde : " Le rapport du COR est un élément parmi d’autres de l’évaluation financière et ne doit pas être instrumentalisé pour imposer des choix de société" écrit-elle. Premier choix visé par la première secrétaire, un éventuel report de l’âge légal au-delà de 60 ans qui contraindrait les salariés ayant commencé très jeunes à travailler " 44, 45, voire 48 années ".
Le procès en catastrophisme instruit par la gauche contre le COR est étrange. Rappelons que ce conseil a été créé en 2000 par Lionel Jospin, qu’il réunit des élus de tous bords, des représentants des syndicats et du patronat, des personnalités qualifiées. Peut-on vraiment parler de scénario catastrophe lorsque, pour son hypothèse médiane qui conduirait à un besoin de financement de 103 milliards d’euros en 2050, il table sur un taux de chômage de 4,5 %, soit une situation de " plein emploi " telle que le pays n’en a pas connu depuis 1970 et la fin des trente glorieuses ?

LES DERNIERES NOUVELLES D’ALSACE - Olivier Picard

La réforme des retraites s’annonce aussi pénible pour le Parti socialiste que pour le gouvernement. A vrai dire c’est toute la société politique française, d’un extrême à l’autre, qui a semblé abasourdie, sonnée, et presque pétrifiée, à l’annonce des prévisions du COR à l’horizon 2050. Tout le monde redoutait ces estimations, pourtant, et personne ne s’en est vraiment étonné. Mais une fois écrites noir sur blanc, sans espoir d’erreur, elles produisent un effet psychologique que peinent à masquer les postures très attendues des uns et des autres. Plus ou moins 100 milliards d’euros annuels, c’est un vertige absolu. Il a déstabilisé jusqu’à un Éric Woerth, comptable pourtant, qui, hier matin à la radio, peinait à en faire le tour... La difficulté à se représenter cette montagne colossale, à la comparer avec des recettes, favorise
un certain déni (.....). En stimulant la recherche de solutions nouvelles, la crise peut être un formidable accélérateur de modernité. Mais le monde politique, directement concerné ne veut pas se saisir de cette opportunité.
Allons-nous devoir attendre jusqu’après 2012 pour le voir plus libre de ses approches intellectuelles. La retraite le met au pied du mur, l’oblige à parler différemment. La droite est dans son rôle traditionnel. La gauche saura-t-elle dépasser le sien pour offrir d’autres solutions ?

OUEST FRANCE - Paul Burel

Il est légitime de s’interroger sur les projections du Conseil d’orientation des retraites (Cor) à l’horizon 2050. On ne saurait, en revanche, s’exonérer d’un constat immédiat : le système français des retraites est en quasi " faillite ". Pratiquer la politique de l’autruche sur un sujet aussi crucial est inconséquent. Personne ne doit désormais en douter : des décisions lourdes et urgentes sont à prendre, des mesures douloureuses et difficiles à assumer. Même s’il faut s’empresser de préciser qu’il faudra, dans leur application, donner du temps au temps, comme ont su faire les Allemands, entre autres.
Quoi qu’il en soit, la réforme des retraites ne sera pas un long fleuve tranquille. Encore moins en France que chez nos voisins qui ont eu, eux, le courage de la mener en temps opportun, en tout cas avant que le choc détonnant vieillissement démographique - crise économique ne provoque les ravages que l’on sait, susceptibles de saper la solidarité nationale si les politiques n’y prennent garde (...). Pour éviter de buter sur le mur politique du symbole de la retraite à 60 ans, le gouvernement sait qu’il doit contourner l’obstacle. Jouer sur le levier de l’allongement des cotisations, mais aussi donner des gages substantiels sur deux fronts : la justice et l’efficacité.
La pénibilité et l’emploi se retrouvent au carrefour de ces problématiques. La pénibilité offre une belle chance de baliser le chemin d’une retraite équitable, à la carte, qu’il faudra bien, de toute façon, ouvrir un jour ou l’autre. Et l’emploi est la première garantie du financement des retraites. Les seniors sont évidemment en première ligne d’un dossier qui mérite mieux que les incantations et les hypocrisies que patronat et syndicats nous servent depuis de longues années. En occultant la question qui fâche : pourquoi finalement tant de salariés aspirent, en France plus qu’ailleurs, à décrocher avant 60 ans ?

L’EST REPUBLICAIN - Rémi Godeau

On connaît le dicton : il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Trop longtemps, politiques et syndicats se sont accordés sur l’urgence de ne rien faire pour nos retraites. Depuis 2003, la priorité était d’attendre. Attendre une baisse du chômage, un meilleur taux d’emploi des seniors, une élection. Or les conclusions du Conseil d’orientation des retraites sont limpides : il faut agir et vite sauf à précipiter notre système dans la faillite. La crise a joué comme un révélateur. On aurait pu espérer dans ce contexte non pas un consensus sur les mesures de sauvetage, mais un constat partagé. C’était trop demander ! Les projections du COR sont critiquées, discréditées pour mieux entretenir la confusion. Sans alimenter une vaine querelle de chiffres, il faut redire que depuis 2005 notre régime de retraites ne tient que par la dette reportée sur les générations futures. Et ce n’est qu’un début ! Selon une mécanique dont l’injustice émeut bien peu, les actifs vont s’appauvrir pour payer des pensions dont ils ne pourront pas bénéficier eux-mêmes. On peut donc craindre que la réforme n’ajoute de l’angoisse à la désillusion dans un pays si dépressif.

LE REPUBLICAIN LORRAIN - Pierre Frehel

Le pouvoir tablait sur le choc ainsi créé pour ramener les plus optimistes à la raison et alerter une opinion qui vivrait dans la douce illusion que la retraite à 60 ans est un acquis indémodable et forcément intangible. S’agirait-il une fois encore de faire peur aux Français en brandissant une menace sur l’une de leurs principales préoccupations ? Pour l’heure, c’est plutôt le tollé contre des estimations jugées tantôt mensongères tantôt peu réalistes. Le débat est lancé, mais il est à craindre que la violence des oppositions, ainsi que les divergences en tous genres ne conduisent le gouvernement à trancher, demain, sans satisfaire personne. Une chose est sûre, c’est que l’ampleur des besoins de financement pour les pensions est telle que l’allongement de la durée des cotisations ne sera pas une réponse suffisante.(...) Bref, le problème des retraites ne doit pas être limité à une équation. Même contesté pour ses hypothèses, le diagnostic catastrophique du COR a le mérite de pousser le gouvernement et les partenaires sociaux à élargir leur réflexion sur un phénomène qui, lui, est inéluctable : le vieillissement de la société. Et donc sur la manière de tisser de nouvelles solidarités financières. La question est de savoir non plus s’il faudra payer davantage pour financer les pensions mais qui devra être mis à contribution.

LA MONTAGNE - Xavier Panon

Si la peur est, comme on le dit, mauvaise conseillère, alors on peut craindre le pire du rapport du conseil d’orientation des retraites. Bien sûr, il a le mérite de mettre en évidence la cruelle réalité des déficits qui donnent le vertige. On voyait le trou pour plus tard. En fait nous y sommes déjà. Ces chiffres de la peur renforceront l’intime conviction des Français, déjà inquiets, qu’il faut agir. Ils craignent des mesures forcément douloureuses. Mais lesquelles ? Les clivages sur les causes du mal donc sur les remèdes sont, pour l’instant, assez nets pour éloigner un consensus. Le gouvernement, pressé par Nicolas Sarkozy, s’appuie sur ce rapport qui sonne le tocsin, pour décréter l’urgence. Sans préjuger de son projet, on voit bien que, sous couvert de s’attaquer aux causes structurelles, démographie et espérance de vie, il prépare son cocktail à base de durée de cotisation et de recul de l’âge légal de 60 ans. Il sait bien que cela ne suffirait pas, mais le président pourrait toujours se prévaloir d’avoir accompli une partie du sale boulot. Les autres lecteurs du rapport n’ont pas l’intention d’en faire leur livre de chevet. Le Medef parce qu’il n’y trouve pas le scénario catastrophe, le plus prévisible à ses yeux. Les syndicats et l’opposition parce qu’ils imputent à la crise et au chômage, facteurs conjoncturels, une partie du déficit et que les scénarios envisagés ne sont que science-fiction. Mais nul ne peut se dispenser de proposer, surtout quand on aspire, comme le PS, à revenir bientôt au pouvoir. Face au piège sarkozyste sur le verrou des 60 ans, syndicats et opposition lui en tendent un autre. Alors que le président exclut de jouer sur l’augmentation des recettes, ils proposent d’agir sur tous les leviers de financement, y compris la taxation des revenus du capital. Pan sur le bouclier fiscal !

Cet article est repris du site http://news.google.com/news/url?fd=...

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