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Allons-nous continuer à sacrifier la jeunesse sur l’autel de la répartition ?

Tribune d’Aurélien VERON, Président du parti libéral démocrate

Les conclusions alarmantes du Conseil d’orientation des retraites (COR) confirment le diagnostic établi il y a 20 ans par Michel Rocard dans son livre blanc. Notre système de retraite est en train de s’effondrer sous les yeux de notre classe politique tétanisée. Comme il l’avait aussi prédit, le sujet est une poudrière qui a déjà fait sauter un gouvernement. Pourtant, le temps presse. Au pied du mur, notre gouvernement a le devoir d’engager une réforme structurelle de notre système de retraite s’il ne veut pas porter la responsabilité de la crise majeure sociale et économique qui nous pend au nez. S’il ne veut pas sacrifier davantage la jeunesse actuelle, il doit repenser ce système en tenant enfin compte des préférences de chacun dans un souci de justice. La Suède, l’Australie, la Suisse et bien d’autres pays ont fait le choix de sauver leur système de retraites en recourant à l’épargne retraite individuelle. Plutôt qu’un rabibochage de notre système de répartition avec des bouts de ficelles, le Parti Libéral Démocrate souhaite aller dans ce sens en étendant le débat au fonds d’épargne retraite.

Le risque d’une faillite prochaine du système de retraite par répartition n’est pas chimérique. Les retraites pèsent 13.5 % de notre PIB. Dans quelques années, ce sera plus de 20 %. Si on ajoute l’assurance maladie, calquée sur un mécanisme redistributif identique (les personnes âgées consomment des soins payés par les cotisations des actifs), ce sera bientôt 1 euros de PIB sur 3 qui ira des actifs aux retraités. La première estimation du COR estimait le déficit cumulé des retraites à 2.600 milliards d’euros sur les quatre prochaines décennies avant la crise. Il vient de relever son estimation à une fourchette de 3.500 à 6.500 milliards d’euros. C’est trois à quatre fois le montant de la dette publique actuelle. Préserver ce système de répartition aux déficits explosifs, c’est, en plus de maintenir un système injuste, continuer à devoir réviser fréquemment à la hausse ses déficits et finalement laisser une dette immense à la charge des jeunes d’aujourd’hui.

Dans ce contexte, avec ce système illisible et anxiogène, il est compréhensible que les Français soient hostiles à l’allongement de la durée de cotisation, à l’augmentation des prélèvements ou à la diminution des prestations vieillesse. A côté de cette équation insoluble, ils sont en revanche nombreux à souhaiter davantage de flexibilité dans l’âge de départ à la retraite. Souvent reprise aujourd’hui, la retraite à points proposée par Alain Madelin depuis plusieurs années répond partiellement à cette préoccupation. Mais nous pouvons aujourd’hui aller plus loin, d’autant plus que 46 % des Français se sont récemment déclarés favorables aux fonds de pension. L’atout essentiel de notre proposition de fonds d’épargne retraite, c’est qu’ils permettent à tous de constituer un patrimoine, même aux plus petits revenus. La plus grande justice sociale, en matière de retraite, c’est d’assurer au conjoint survivant et aux enfants un capital en cas d’accident de la vie. C’est un motif essentiel pour défendre le changement de régime de retraite.

Préalablement, il est nécessaire d’instaurer le « salaire complet » par la fusion des charges patronales avec le salaire brut. Chacun sera alors libre d’allouer l’équivalent de ses cotisations vieillesse actuelles aux fonds d’épargne retraite de son choix. Ensuite, il est nécessaire de rassurer ceux que la capitalisation inquiète. Plusieurs exemples de fonds de pension ont mal fini. Cela ne pas empêché l’encours des fonds de pension et des fonds mutuels d’atteindre des dizaines de milliers de milliards de dollars dans le monde. L’obligation de diversifier le risque de l’épargne entre produits monétaires, obligataires et actions, couplée à une assurance de place couvrant le risque de fraude, préviendraient des risques importants, au moins dans un premier temps. Ces mesures ne soulèvent pas de difficultés majeures.

La question principale reste la transition entre le système actuel, en cours d’explosion, et un régime individuel libre et capitalistique. Une fois mis en place, les fonds d’épargne retraite présentent l’avantage d’assurer à chacun une retraite considérablement supérieure à la répartition. Une estimation d’actuaires de l’IREF montre que 20 ans d’épargne en obligations d’Etat assurent l’équivalent de ce que le système actuel propose après 40 ans de cotisations. Voilà pourquoi nous pouvons réaliser cette transition en maintenant temporairement des cotisations vieillesse, que l’on supprimera progressivement, afin de financer les engagements vis-à-vis des retraités actuels et de ceux, proches, qui n’ont plus le temps de se constituer un capital retraite. L’objectif de ce mécanisme est de permettre aux actifs de se constituer une épargne qui leur assurera de toucher au moins l’équivalent du système de répartition d’ici la disparition totale de celui-ci. La solution détériorant infiniment moins les comptes publics que le maintien de la répartition, ses avantages n’en sont que plus forts.

Osons nous attaquer au système opaque de la répartition pour accéder à la modernité avec les fonds d’épargne retraite. L’abandon de ce collectivisme d’un autre âge ne préserverait pas seulement l’avenir de nos retraites, il réconcilierait les Français avec l’économie en matérialisant le lien entre épargne de long terme et investissement durable. Dernier atout de notre proposition : en étant majoritairement investis dans l’économie française, les fonds d’épargne retraite augmenteraient considérablement le potentiel de croissance du pays.

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