Accueil > Actualités > Pourquoi la grande réforme de vos retraites attendra - TF1

Pourquoi la grande réforme de vos retraites attendra - TF1

La réforme en cours ne suffira pas à garantir les pensions. Comme depuis plus de vingt ans, nos dirigeants semblent peu pressés de traiter le problème en profondeur (2e partie).

In TF1 - Par Renaud PILA

L’objectif de Nicolas Sarkozy avec cette réforme des retraites est de combler rapidement les trous sans mettre trop de Français dans la rue. Le gouvernement veut donc aller vite : consultations par le ministre du Travail des syndicats (séparément pour éviter la surenchère) et partis politiques, présentation mi-mai des options de réforme, mi-juin du projet de réforme, passage en conseil des ministres début juillet et discussion au parlement début septembre.

L’appréciation de la CFDT sur cet agenda a donné le ton : "on n’a jamais nié qu’il faille rentrer dans un débat pour faire évoluer notre système des retraites », a expliqué François Chérèque mais « le calendrier que nous propose le gouvernement nous semble trop court pour aller au fond des sujets ». Cela tombe bien puisque la stratégie de l’Elysée n’est pas d’aller au fond des sujets. L’objectif est celui d’une réforme classique pour combler rapidement les trous en jouant sur l’allongement de la durée de cotisations et/ou sur celui de l’âge légal de la retraite.

Une énième réforme classique ?

Instrument privilégié des dernières réformes, l’allongement de la durée de cotisations produit toutefois ses effets financiers qu’à moyen terme (pas avant 2020) car les salariés qui vont bientôt partir en retraite sont encore ceux qui ont commencé à travailler jeunes et qui ont donc déjà leurs 40, 41 ou 42 annuités. C’est pourquoi la piste envisagée par Eric Woerth est une hausse de l’âge légal de départ, la très symbolique barre des 60 ans portée à 61 ou 62 ans qui permettrait des économies à court terme. Cette mesure serait bien vue à Bruxelles et par les agences qui notent la dette française et donc qui conditionnent les taux avec lesquels la France vit à crédit.

« Travailler plus longtemps » semble donc le remède de cette réforme, accompagné toutefois d’un petit volet recettes, puisque Nicolas Sarkozy a levé le tabou sur une hausse de certains prélèvements au nom de l’équité. Il semble que le gouvernement ait aussi l’intention d’aborder le problème de la pénibilité de certains métiers (avec des retraites anticipées ?), même si l’Elysée souhaite éviter de recréer des régimes spéciaux. Il ne semble pas pressé de s’attaquer aux régimes spéciaux existants, par exemple le mode de calcul de la retraite des fonctionnaires qui retient les 6 derniers mois de salaire contre les 25 meilleures années dans le privé. Il faudrait, pour que cette modification soit équitable, revoir le complexe système des primes qui ne sont pas comprises dans le calcul des retraites alors qu’elles représentent chez certaines professions (infirmières, policiers,...) jusqu’à 40% du revenu global. Tout cela demande du temps car il faut alors tout mettre sur la table.

Avec cette énième reforme classique, Nicolas Sarkozy s’est peut-être piégé. Sans préjuger de son projet, il va probablement rater l’occasion d’accoucher d’un nouveau système, ce qui explique sa tentation de dramatiser l’enjeu pour vendre à l’opinion une séquence réformatrice. Mais une partie de l’électorat de droite risque de ne pas être dupe. Parallèlement, il ne manquera pas de heurter l’électorat populaire avec la fin supposée des 60 ans, mesure rejetée par une majorité de Français. Mais ce dossier des retraites est-il pour lui affaire de responsabilité ou de tactique politique ? Poser la question est déjà mauvais signe.

Camp contre camp

A gauche, le Parti socialiste aborde lui la réforme des retraites aussi pétrifié que le chef de l’Etat. Martine Aubry, Première secrétaire, sait bien que pour elle, le temps de la critique ne suffit plus, à la tête aujourd’hui d’un parti susceptible de revenir au pouvoir dans deux ans. Mais la présidentiable sait pertinemment que ce dossier est une grenade qu’il ne faut pas dégoupiller trop tôt car particulièrement symbolique pour le peuple de gauche. Comme les syndicats, elle refuse de toucher à l’âge légal des 60 ans, une position défendue par tous les socialistes. En revanche, sur l’allongement de la durée de cotisations, les avis divergent, tout du moins publiquement. Ainsi si François Hollande ou Manuel Valls y sont favorables, la direction de Solférino est contre. « Puisqu’elle est déjà de 41,5 ans, cela signifie qu’un jeune qui commence à travailler à 25 ans ne pourra partir à la retraite qu’à 66 ans et demi ! », a lancé il y a quelques jours la maire de Lille.

En privé, cette opposition à la hausse de durée des cotisations est largement nuancée à Solférino. Difficile à tenir en effet pour un parti de gouvernement alors que la CFDT, par exemple, n’exclut pas une telle évolution jugée indispensable par la plupart des économistes. Rétrograde PS donc ? Mais peut-on lui reprocher de répondre par la tactique aux calculs de Nicolas Sarkozy ? La bataille des retraites s’annonce donc a priori camp contre camp. A la française.

La patronne du PS n’entend pas fabriquer du consensus avec un pouvoir qu’elle veut battre prochainement. Sa stratégie est donc multiforme. Sous prétexte de ne pas être au pouvoir, son parti attendra que le gouvernement abatte ses cartes en juin pour montrer vraiment les siennes. Tactique classique. Elle entend aussi convaincre l’opinion que sa contre-réforme des retraites n’est pas seulement comptable mais s’inscrit dans une large réflexion sur un nouveau modèle de développement pour 2012. Le PS propose donc de trouver par l’impôt de nouvelles sources de financement aux retraites (taxation de l’intéressement et de la participation, majoration des prélèvements sur les bonus et stock-options, etc...). Il souhaite aussi une réelle prise en compte de la pénibilité et un engagement fort pour l’emploi des jeunes et des seniors.

La grande réforme attendra

Autant de mesures légitimes qui peuvent nourrir un débat de qualité. Mais lorsque Laurent Fabius propose de taxer momentanément les banques pour financer les retraites à cause de leur responsabilité dans la crise économique, ne tombe-t-il pas dans la démagogie ? Prévoir le financement futur avec des recettes aléatoires n’est-il pas irresponsable ? A vrai dire, la stratégie du PS de nouveaux impôts ne sera pas suffisante pour garantir les retraites car la problématique est démographique.

Au total, selon la note de la spécialiste du PS chargée de ce dossier Marisol Touraine, ces mesures dégageraient « autour de 15 milliards de ressources nouvelles, ce qui représente environ un tiers des besoins en 2020-2025 ». Si l’allongement de la durée de cotisations est donc indispensable, pourquoi ne pas commencer à l’expliquer ? Cet entre-deux tactique ne sert pas la compréhension par les Français de ce dossier des retraites qui a déjà pris plus de vingt ans de retard.

Nicolas Sarkozy veut pouvoir terminer l’année 2010 en ayant franchi l’obstacle des retraites. S’ouvrira alors pour lui une séquence internationale (présidence du G20) sur laquelle il compte se refaire une santé. A ce calendrier trop serré répond logiquement un jeu trop tactique des socialistes. La grande réforme des retraites marquée du sceau de l’effort collectif mais aussi de la justice sociale attendra. Une fois de plus, une fois de trop ?

Cet article est repris du site http://news.google.com/news/url?fd=...

Vous aimerez aussi