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Le poker des retraites - Les Échos

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La préparation de la réforme des retraites donne lieu à un jeu politique d’annonces et de silences qui n’est pas sans rappeler certaines figures du poker et du bridge. Martine Aubry s’est contentée jusqu’ici d’indiquer les points sur lesquels le PS refuserait tout changement : l’âge légal à 60 ans et la « cagnotte » du Fonds de réserve. Pour le reste, elle a déclaré que son parti ne dévoilerait son projet que lorsque le gouvernement aurait révélé le sien. Au poker, le joueur qui pose sur la table la mise finale, sans relancer les enchères par une mise supplémentaire, demande que l’adversaire montre son jeu, mais peut garder le sien caché s’il n’a pas en main une combinaison gagnante : nul ne saura la valeur de ses cartes et dans quelle mesure il a bluffé en faisant monter les enchères. Sur la question des retraites, le PS garde le silence : nul ne peut savoir jusqu’à quel degré d’austérité il est prêt à aller pour assurer l’équilibre du système - c’est-à-dire quel degré d’impopularité il est prêt à assumer. Ce qui lui permettra, une fois connu le texte gouvernemental, de calibrer son contre-projet pour en faire une arme politique efficace.

Du côté du pouvoir, la tactique évoque plutôt le jeu des annonces au bridge : il s’agit, pour le joueur et son partenaire, de se communiquer le maximum d’informations sur les cartes qu’ils ont en main. Sur la réforme des retraites, les interlocuteurs du gouvernement - les syndicats, l’opinion publique -sont plutôt des adversaires ou des témoins méfiants que des alliés, mais les « fuites » plus ou moins organisées jouent un peu le même rôle que les annonces au bridge : il serait question de réduire tel ou tel avantage de la fonction publique, d’instituer une décote pour décourager les départs à 60 ans, de repousser l’âge légal à 63 ans à l’horizon 2030… Démenties ou non, ces rumeurs servent de ballons d’essai, et la plus ou moins grande virulence des réactions renseigne sur le jeu du camp adverse. Le public, qui assiste à ce dialogue masqué, souhaite que la partie ne se transforme pas, à ses dépens, en un jeu de bonneteau.

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