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Retraite des fonctionnaires : quel casse-tête ! - France Soir

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Attention, terrain miné. La modification du régime de retraite des 5,2 millions de fonctionnaires est sans doute – virtuellement – le dossier le plus explosif de la réforme en cours. C’est aussi celui sur lequel le gouvernement se montre le plus discret. Les règles spécifiques au public « ne sauraient être considérées comme intangibles », se borne-t-il à réaffirmer dans le document d’orientation dévoilé dimanche. Pour le reste, silence radio.

« C’est un dossier très compliqué », soupire-t-on d’entrée à l’Elysée comme au ministère du Travail. D’autant plus que, s’il doit y avoir un mouvement social, « le risque, il est dans le secteur public », souligne un conseiller de Nicolas Sarkozy. Mais c’est aussi à cette aune que les Français jugeront de l’équité de la réforme. Plus de 60 % d’entre eux réclament un alignement de la retraite des fonctionnaires sur celle des salariés du privé, selon un sondage CSA-CECOP paru dans La Tribune hier.

Seule certitude : les fonctionnaires seront soumis aux mêmes règles que les salariés du privé en matière d’allongement de la durée de cotisation et/ou de recul de l’âge légal de départ à la retraite. C’est déjà le cas depuis la réforme Fillon de 2003.
La question du mode de calcul des pensions est plus épineuse. A l’heure actuelle, la retraite de base d’un salarié du privé se monte à 50 % de la moyenne des salaires des 25 dernières années de carrière, contre 75 % des six derniers mois de salaires pour le public. Une différence vécue comme une injustice par bien des Français.

De fortes disparités

Pourtant, la situation est plus complexe qu’il n’y paraît. Car, contrairement au privé, les primes et autres heures supplémentaires ne sont pas comptées dans le calcul des pensions des fonctionnaires. Or elles représentent en moyenne 23 % de leur rémunération. Résultat : in fine, le « taux de remplacement » (niveau des pensions en pourcentage des derniers salaires) n’est guère différent entre public et privé.

S’il souhaite tout de même aligner les différents régimes, le gouvernement devra donc intégrer les primes dans le calcul des pensions des fonctionnaires. Mais cela pourrait virer au casse-tête, tant les disparités sont fortes au sein même de la Fonction publique. Ainsi un policier ou un haut fonctionnaire travaillant dans un ministère, qui touchent beaucoup de primes, seraient-ils gagnants. Mais un enseignant, qui n’en perçoit quasiment pas, verrait son niveau de pension baisser… Une voie bien compliquée : le gouvernement hésite à s’y engager.

Il pourrait donc préférer s’attaquer à certaines particularités jugées anachroniques, comme la possibilité accordée aux fonctionnaires mères d’au moins trois enfants de partir en retraite après 15 ans de service. Ce dispositif avait été créé en 1924 pour encourager la natalité. Plusieurs catégories de fonctionnaires qui peuvent partir en retraite dès 55 ans, voire 50 ans (policiers, pompiers, personnels pénitentiaires, contrôleurs aériens…), pourraient aussi se retrouver dans le viseur du ministre du Travail, Eric Woerth.

Autre piste de réflexion : le taux de cotisation retraites, qui est de 10,55 % dans le privé contre 7,85 % dans le public. Une augmentation d’un point rapporterait 600 millions d’euros par an à l’Etat. Les syndicats y semblent prêts… en échange d’un coup de pouce sur les salaires.

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