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Faute de plan d’économies, l’assurance-maladie entre dans une période de fortes turbulences - Les Échos

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Le déficit de la Sécurité sociale frôlera les 27 milliards d’euros cette année, un record. Le besoin de financement de l’assurance-maladie est le plus spectaculaire : plus de 13 milliards. Le gouvernement n’annonce pourtant aucune mesure d’envergure pour le réduire, à la veille d’une réforme des retraites qui demandera déjà de gros efforts aux assurés.

C’est le paradoxe de cette année 2010 pour la Sécurité sociale. La grande réforme en préparation concerne les retraites, mais le déficit le plus spectaculaire, c’est celui… de l’assurance-maladie. Les prévisions dévoilées hier par le gouvernement devant la Commission des comptes de la Sécurité sociale affichent un besoin de financement de plus de 13 milliards d’euros pour la branche maladie. Presque la moitié du total, qui frôlera les 27 milliards, pour des dépenses de 317 milliards.

La branche des retraites, elle, reste sous la barre des 10 milliards. Il est vrai qu’il faut y ajouter les autres régimes de retraite, notamment celui de la fonction publique. Le total dépasse alors les 30 milliards. Il n’empêche, ces déficits spectaculaires seraient progressivement réduits au cours des prochaines années grâce à la réforme des retraites que le gouvernement doit annoncer la semaine prochaine. « Les chiffres montrent bien la situation d’urgence dans laquelle nous nous trouvons », a déclaré hier le ministre du Travail, Eric Woerth.

Les ALD, un sujet clef

Rien de tel pour les dépenses de santé. Le déficit explose, mais aucun plan d’envergure (même si les agences régionales de santé et la réforme de l’hôpital sont mises en oeuvre) n’est en vue pour améliorer les comptes de la branche. Le déficit de l’assurance-maladie est d’autant plus inquiétant que les dépenses sont déjà contenues. Les marges de manoeuvre pour réaliser des économies supplémentaires sont donc extrêmement étroites. Pour être certain de tenir l’objectif de dépenses cette année, le gouvernement a annoncé 600 millions d’euros d’économies supplémentaires, essentiellement des gels de crédits pour les hôpitaux et des baisses de prix de médicaments. Mais cela paraît presque dérisoire au regard de l’ampleur du gouffre, qui devrait rester aussi important en 2011 en dépit de la volonté du gouvernement d’imposer une progression des dépenses inférieure à 3 %.

La prise en charge des patients qui souffrent d’affections de longue durée (ALD) comme le diabète, le cancer ou l’hypertention artérielle, représente plus des deux tiers des dépenses, et près de 90 % de leur progression. C’est donc un sujet clef. Le nombre de personnes qui bénéficient de ce statut, et qui sont prises en charge à 100 % par la Sécurité sociale pour leur pathologie, augmente de près de 4 % par an.

Comment procéder dès lors ? Comme tous les ans, l’assurance-maladie proposera, au début de l’été, une série de mesures d’économies pour l’an prochain. Au gouvernement de les reprendre ou pas à son compte lors de la préparation de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2011.

L’histoire se répète

Mais on sera alors encore en plein débat parlementaire sur la réforme des retraites, et il sera politiquement difficile d’annoncer des mesures qui touchent les assurés. Il sera encore plus compliqué d’agir à un an de l’élection présidentielle… La remise à plat du système des ALD avait suscité une levée de boucliers il y a deux ans, et le gouvernement avait immédiatement rangé ce projet au fond d’un tiroir.

Le PS lance déjà un avertissement. « L’avenir de l’assurance-maladie ne passe pas par la multiplication des déremboursements, alors que le budget santé des Français a déjà augmenté de 50 % depuis 2002 », a déclaré hier Marisol Touraine, secrétaire nationale à la Sécurité sociale. Les mesures ne toucheront « à aucun moment le pouvoir d’achat des assurés », a indiqué la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, dimanche.

L’histoire se répète : en 2003, lors de la précédente réforme des retraites, le gouvernement avait laissé filer les comptes de l’assurance-maladie, avec un déficit de près de 12 milliards d’euros à la clef. Un plan de redressement avait permis de le ramener à 4 milliards. Cette fois-ci, il faudra attendre 2012. Cela signifie trois années de très lourds déficits qui viendront gonfler la dette sociale.

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