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Retraites : que serait une réforme pour les jeunes ? - La Tribune.fr

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Alors que le gouvernement doit annoncer, le 15 juin, les grandes lignes de sa réforme des retraites, les jeunes et autres quadras auront été les grands absents du débat. Pourtant, ce sont eux qui la paieront plein pot. Certains se sont amusés à imaginer ce qu’aurait été une réforme visant non seulement à rééquilibrer le système, mais aussi à donner un coup de pouce aux forces vives.

Et si on profitait de la réforme des retraites, non seulement pour assurer le financement du système, mais aussi pour corriger le déséquilibre entre générations ? Pour stopper net la dégradation continue depuis trente ans de la situation des jeunes adultes par rapport à celle des retraités ?? Lorsque Éric Woerth évoque la nécessité d’une "répartition équitable de la solidarité entre les générations", pour affirmer "une génération ne peut mettre plus à charge qu’elle ne voudrait supporter elle-même", l’intérêt des jeunes n’apparaît qu’en creux. Surtout, pas d’explicite ! Les responsables politiques de la majorité comme de l’opposition, à l’exception de François Hollande, sont silencieux sur un sujet qui, à l’évidence, gêne tout le monde. Pourtant, si l’application de la réforme est progressive, c’est bien « les jeunes » de moins de 50 ans, et eux seuls, qui la paieront plein pot.

Dès lors, on ne peut qu’être tenté par l’exercice : quels seraient les contours d’une réforme qui viserait aussi à les aider ? Sans entrer dans un chiffrage complexe, quelques pistes méritent réflexion.

D’abord, "une réforme qui tendrait à éviter toute dérive des coûts du travail, laquelle détruit l’emploi et ampute le pouvoir d’achat", dit le sociologue Louis Chauvel. Et qui, de surcroît, supprimerait les avantages sociaux et fiscaux dont bénéficient les retraités : la CSG sur les pensions des retraités imposables, de 6,6% aujourd’hui, pourrait être alignée sur les 7,5% payés par les actifs ; et l’abattement de 10% des revenus pour frais professionnels dont ils profitent encore pourrait être aboli.

Côté prestations ensuite, plusieurs pistes seraient envisageables, même si Nicolas Sarkozy s’est engagé à ne pas toucher aux pensions. Puisque aujourd’hui 82% des femmes travaillent, les règles de la réversion, qui coûte 25 milliards d’euros, pourraient être sérieusement revues à la baisse, comme le propose le démographe Hervé Le Bras. De plus, si les pensions de réversion, comme les 12 milliards d’euros d’aides sociales aux retraités, étaient transférées du régime général à la Caisse d’allocations familiales, elles pourraient être réallouées aux familles monoparentales dans le besoin, sachant que 45 % d’entre elles sont à la fois jeunes et pauvres. Pour aider les jeunes, résume Hervé Le Bras, "il faut que le système de retraite qu’ils financent ne soit plus la séance de rattrapage de toutes les inégalités de la vie active".

Le rééquilibrage suppose d’abord un alignement de tous les régimes - celui de la fonction publique absorbe 31% des pensions pour seulement 12% des retraités -, ensuite un allongement de la durée de cotisation.

Mais surtout, explique l’économiste André Masson, la réforme devrait respecter trois principes. Primo, "il faudrait que ces mesures soient appliquées au plus vite et sans transition pour que leur charge soit partagée par les classes nombreuses qui commencent à partir à la retraite. Cela en diminuerait le coût pour chaque individu." Attendre 2020, c’est léser les actifs. Secundo, la retraite par répartition étant un système où ce sont les salariés de l’année qui paient pour les retraités de l’année, il faudrait pouvoir renégocier les droits à la retraite régulièrement, en fonction des données macroéconomiques nouvelles. En clair, remplacer la notion de "droits acquis" par celle de "droits contingents". Tertio, chacun cotisant pour les générations d’avant en pariant sur le fait qu’il se remboursera sur les générations futures, cela ne marchera que si la génération suivante a la qualification suffisante pour cotiser. D’où l’importance de l’éducation.

Réformer les retraites, c’est donc toucher à la totalité du système. Mais pour véritablement changer la situation des jeunes, l’économiste Patrick Artus estime qu’il faudrait réformer à la fois la politique fiscale, la politique monétaire, les contrats de travail, la répartition des revenus entre le travail et le capital... Bref, toute la structure de notre société.

Valérie Segond, éditorialiste à La Tribune

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