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Réforme des retraites : intenses débats au sein de l’exécutif sur le nouvel âge légal - Les Échos

Matignon et Bercy poussent pour aller jusqu’à 63 ans, avec un horizon ambitieux pour la réforme. Ils mettent en avant la pression des marchés. Jean-François Copé est aussi sur une ligne « dure ». D’autres, dans la majorité, jugent que porter l’âge à 62 ans constituerait déjà un geste fort. L’Elysée, tenté d’arrêter le curseur à 2020, hésite encore.

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C’est la dernière ligne droite. Mardi ou mercredi, le gouvernement dévoilera son projet de loi de réforme sur les retraites, et, comme l’attestent de nombreuses sources, le suspense sur l’ampleur du relèvement de l’âge légal de départ (60 ans aujourd’hui) n’est pas feint. Nicolas Sarkozy devrait trancher lundi après avoir pesé et soupesé les avantages et les inconvénients. 62 ans, 63 ans, 62 ans et demi, 62 ans « ferme » et 63 ans sous condition : les discussions vont bon train.

Cette différence d’une année n’est pas mineure. Derrière cela, il y a aussi le choix d’arrêter le curseur de la réforme à 2020 (option 62 ans) ou d’afficher un objectif d’équilibre des régimes de retraite jusqu’en 2025 ou 2030 (option 63 ans), ce qui impliquerait davantage d’efforts : le besoin de financement à cette échéance atteint 70 milliards d’euros, contre 45 milliards en 2020.

François Fillon, Christine Lagarde et François Baroin poussent pour aller jusqu’à 63 ans. La pression des marchés sur la dette française sert leur cause, et Bercy ne se prive pas de l’utiliser. L’inquiétude est réelle, y compris à l’Elysée, sur le différentiel de taux avec l’Allemagne, et l’âge légal est bien le critère le plus regardé en Europe en matière de réforme des retraites : s’arrêter à 62 ans risquerait d’être mal perçu.

Risque de crispation sociale

Le Premier ministre, qui ne cesse dans ses discours de mettre en avant les risques que font peser les dettes des Etats sur leur souveraineté, souhaiterait aussi que l’horizon de la réforme soit plus lointain que la loi de 2003 (qui porte son nom) : elle avait déjà pour objectif l’équilibre en 2020. Politiquement, les partisans des 63 ans estiment que, quitte à mettre fin à la retraite à 60 ans, autant y aller franchement, le « coût » social de la réforme étant de toute façon à assumer.

Mais le souvenir de 1995 hante l’Elysée, et notamment le conseiller social, Raymond Soubie. Pas question, pour Nicolas Sarkozy, de connaître le même destin qu’Alain Juppé et Jacques Chirac, en poussant trop loin l’avantage acquis sur les syndicats après la mobilisation en demi-teinte du mois dernier. Le risque de crispation sociale à la rentrée est jugé sérieux. L’Elysée est donc tenté de limiter à 2020 l’horizon de la réforme. Quel que soit l’âge retenu, l’exécutif entend montrer à ses partenaires européens (et aux investisseurs) que le nouveau cadre sera aussi rigoureux qu’ailleurs, la France jouant également sur une durée élevée de cotisation, un cas quasi unique en Europe. « Il vaudrait mieux s’arrêter à 62 ans », plaide Pierre Méhaignerie (UMP), président de la commission des Affaires sociales à l’Assemblée nationale.

Envoyer des signaux clairs

D’autres parlementaires de la majorité poussent en revanche pour aller à 63 ans. Le président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, Jean-François Copé, le rapporteur du budget de la Sécurité sociale, Yves Bur, ou encore le futur rapporteur de la loi sur les retraites, Denis Jacquat, sont sur une ligne « dure ». Jean-François Copé estime qu’il faut envoyer des signaux clairs à l’Allemagne sur les finances publiques. C’est lui qui tient la position la plus radicale : hier, dans l’émission « A vous de juger », il s’est clairement prononcé pour le report de l’âge légal à 63 ans, dès 2020, soit un peu plus d’un trimestre supplémentaire par an. « C’est en dessous de ce que font d’autres pays européens », a-t-il fait valoir. Après 2020, il propose un mécanisme automatique permettant de relever l’âge légal en fonction de l’espérance de vie.

Dans ces conditions, la perspective d’une décision à mi-chemin n’est pas à exclure. Outre l’hypothèse d’un âge relevé à 62,5 ans en 2020, certains plaident pour que les 62 ans soient gravés dans le marbre et que le passage à 63 ans soit plus progressif, voire conditionné à un « rendez-vous » retraites, avant 2020. Avec la possibilité de faire le lien avec l’évolution de l’espérance de vie, comme c’est le cas pour la durée de cotisation. Pour les tenants d’une réforme rigoureuse, l’âge légal n’est pas le seul élément clef : il s’agit aussi de limiter au maximum les concessions sur la pénibilité (approche individuelle) ou les carrières longues chères à la CFDT. « Elle n’est de toute façon plus dans le bateau », lâche un conseiller.

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