Accueil > Actualités > Retraites : "Il faut plus de temps pour une vraie réforme" - LaDépêche.fr

Retraites : "Il faut plus de temps pour une vraie réforme" - LaDépêche.fr

In LaDépêche.fr

Éric Wœrth, ministre du Travail, a proposé hier aux partenaires sociaux un calendrier pour la concertation sur la réforme des retraites qui a été fraîchement accueilli.

Bernard Brunhes est expert en relations sociales. Il explique que le calendrier de la réforme des retraites avancé par le gouvernement correspond plus à des évolutions du système qu’à une réforme en profondeur.

A l’issue des premières discussions avec Éric Wœrth, les syndicats contestent déjà le calendrier proposé par le gouvernement. Peut-on réformer les retraites en quelques mois ?

La vraie question est la valeur et l’ampleur de la réforme envisagée. S’il s’agit de jouer simplement à la marge en modifiant un certain nombre de leviers comme l’âge légal de la retraite ou la durée des cotisations, on peut très bien faire ça en deux ou trois mois. En revanche, si on pense que ça ne suffit pas et qu’il faut une vraie réforme en profondeur du système, il faut faire preuve de beaucoup plus d’énergie, de travail, de force de conviction. Cela nécessite plus que quelques mois. Car il faut prendre en compte l’ensemble des iniquités et des diversités du système actuel, les problèmes de décote et de surcote, l’emploi des seniors, les retraites complémentaires, une réflexion sur les retraites à la carte etc. Or, jusqu’à présent, pas grand chose n’ a été mis sur la table et discuté de manière ouverte et démocratique sur ces questions.

Il semble qu’on s’achemine plutôt vers la première hypothèse...

Oui apparemment. Il y a probablement chez Nicolas Sarkozy la volonté de montrer à ses partenaires de l’Union européenne et aux financiers que, face à la dégradation des comptes publics, il tient les choses en main. Ainsi, le report de l’âge légal de la retraite accroît les inégalités, ne modifie pas radicalement le système, peut même aboutir à un passage des dépenses de la caisses de retraite à celles du RSA pour les seniors qui seront au chômage, mais elle a le mérite d’avoir un réel effet financier à court terme .

Alors que d’autres pays européens ont mis plusieurs années pour réformer leur système de retraite, la France n’est-elle pas contrainte d’aller vite parce qu’elle a trop tardé ?

Il serait faux de dire que rien n’a été fait jusqu’à présent. Il y a eu le livre blanc sur les retraites, la création du Conseil d’orientation des retraites, les réformes Balladur et Fillon. Mais toutes ces évolutions n’ont pas consisté à réformer le système en profondeur, elles n’ont fait que modifier quelques paramètres. Or, pour aller plus loin, il faut rechercher un vaste consensus et donc susciter un vrai débat dans le pays incluant les syndicats, les partis politiques et l’opinion publique auprès de laquelle il faut faire de la pédagogie. C’est ce qu’ont pris le temps de faire un certain nombre de pays européens, notamment en Scandinavie. Mais ce n’est pas le cas en France.

Le gouvernement a tort alors de précipiter les choses ?

Il a raison de précipiter la réflexion, car la question des retraites doit être traitée, mais il faut prendre plus de temps pour mettre en œuvre une véritable réforme. Le problème des retraites ne se pose pas pour les deux ou trois ans à venir mais dans les dix prochaines années. Il n’est donc pas trop tard pour réformer en profondeur.

Les syndicats ont-ils les moyens de s’opposer au projet du gouvernement ?

Il peut se produire que les syndicats et l’opinion ne suivent pas le gouvernement. Celui-ci devra peut-être lâcher du lest sur un ou deux points. Mais nous ne sommes pas dans le domaine de la négociation ; nous sommes dans celui de la législation. Au final, il y aura toujours une majorité qui votera le texte du gouvernement.

Cet article est repris du site http://news.google.com/news/url?fd=...

Vous aimerez aussi