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Pour une réforme des retraites courageuse et juste - Les Échos

Par JEAN-FRANÇOIS COPÉ, PIERRE MÉHAIGNERIE ET DENIS JACQUAT [1]

Comme toutes les grandes réformes, celle des retraites fera l’objet d’un débat parlementaire qui se conclura par le vote d’une loi. Autant dire que les députés auront une responsabilité majeure à assumer devant tous les Français. C’est pourquoi, une centaine de députés de la majorité ont travaillé ensemble sur les grandes orientations que nous voulions pour la réforme. Nous affirmons notre attachement au régime par répartition fondée sur la solidarité entre les générations. Pour faire face aux défis démographiques et à l’allongement de l’espérance de vie, nous défendons donc une réforme courageuse et juste, sans laquelle ce modèle n’est plus tenable. A nos yeux, quatre principes forts conditionnent la réussite et l’acceptation de la réforme par les Français.

Premier principe : il faut renforcer l’équité entre actifs, et entre retraités. Une part des difficultés vient de la complexité de nos 38 régimes différents et du sentiment d’injustice, lié notamment aux différences entre régimes des salariés du public et du secteur privé.

Deuxième principe : il faut travailler plus longtemps. Cela passe progressivement par un relèvement de l’âge légal de la retraite au-delà de 60 ans et un allongement de la durée de cotisation. Naturellement, nous souhaitons qu’il soit tenu le plus grand compte de la situation des personnes ayant commencé à travailler jeunes et ayant eu une carrière longue. Mais globalement, nous bénéficions en effet d’un progrès formidable : l’espérance de vie augmente et la santé des seniors s’améliore ! Cette bonne nouvelle se traduit par une réalité incontournable : depuis 1960, la durée de retraite a doublé quand le ratio actifs/retraités a été divisé par deux. Dans la même situation, la plupart des pays occidentaux ont très logiquement relevé l’âge légal de la retraite. Avec un consensus droite-gauche, les Allemands vont ainsi passer progressivement à 67 ans. Le premier ministre socialiste espagnol, José-Louis Zapatero annonce un passage de 65 à 67 ans.

Troisième principe : à partir du moment où il faut travailler plus, il est capital de travailler mieux tout au long de la vie. A cet égard, la pénibilité doit être prévenue et pas seulement réparée. Plutôt que d’aborder cette problématique sous un angle globalisant (par métier ou filière par exemple), il nous semble qu’il faut privilégier une approche axée davantage sur la santé et qui soit donc préventive et individualisée.

Quatrième principe : les salariés du public ont déjà accès à des plans d’épargne salariale particulièrement incitatifs. Nous voulons également favoriser l’accès à l’épargne-retraite dans le privé pour compléter les régimes de base. Il faut à ce sujet sortir d’une idée reçue : l’épargne retraite, ce n’est pas nécessairement des fonds de pension risqués, soumis aux fluctuations financières. Il suffit de regarder le modèle allemand, assez proche du nôtre, et qui encourage l’épargne salariale, fortement subventionnée.

Nous nous engageons avec force pour une réforme courageuse et juste. Courageuse, car commandant des mesures pour travailler plus. Juste, car il est tout à fait normal que chacun participe à l’effort. Dans cet esprit, il est souhaitable que les plus hauts revenus contribuent à la solidarité accrue issue de la réforme. Cette participation, pour être effective, ne pourra être intégrée dans le bouclier fiscal. Mais cette contribution, aussi indispensable soit-elle au nom de l’équité, ne saurait se substituer à une réforme structurelle.

Source

Notes

[1JEAN-FRANÇOIS COPÉ, PIERRE MÉHAIGNERIE ET DENIS JACQUAT SONT RESPECTIVEMENT PRÉSIDENT DU GROUPE UMP À L’ASSEMBLÉE NATIONALE, PRÉSIDENT DE LA COMMISSION DES AFFAIRES SOCIALES À L’AN ET DÉPUTÉ UMP DE LA MOSELLE.

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