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Retraites : le gouvernement va dévoiler ses batteries - TF1

Pour le PS et les syndicats, c’est la mère des batailles sociales : le projet gouvernemental de réforme doit être présenté en ce début de semaine aux syndicats. Martine Aubry a tracé sa "ligne rouge" à ne pas franchir : pas touche aux 60 ans !

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Dans le lourd dossier de la réforme des retraites, la remise du projet gouvernemental aux syndicats, mardi soir, fera date et chacun fourbit ses armes : toucher aux 60 ans, c’est la mesure "la plus injuste qui soit", a dénoncé Martine Aubry sur France 5 dimanche, à deux jours de ce rendez-vous annoncé. Pour le Parti socialiste, "c’est la ligne rouge absolue". Martine Aubry a aussitôt embrayé sur l’un des points clés de la réforme : la pénibilité. "Derrière ces chiffres, je ne comprends pas que le gouvernement ne nous parle que de comptabilité (...) Est-ce que vous voyez aujourd’hui ces femmes qui ont travaillé à la chaîne chez Moulinex, ces salariés qui ont travaillé dans la sidérurgie, dans quel état ils sont à 60 ans ?"

François Fillon, pour sa part, a mis à profit ces derniers jours pour préparer les Français à l’abandon du "symbole des 60 ans" et à l’allongement de la durée de cotisation. "Ce qui va nous guider, ce qui nous guide depuis plusieurs mois que nous préparons cette réforme, c’est la vérité, c’est l’équité, c’est la justice et c’est la progressivité", a souligné le Premier ministre lors d’un discours à Paris, salle Gaveau, devant de nouveaux adhérents de l’UMP. "La vérité, elle est implacablement liée aux défis démographiques que nous devons relever et ce défi, il exige de travailler plus longtemps et donc d’augmenter la durée de cotisation et l’âge d’ouverture des droits", a-t-il dit. "Il serait lâche de notre part de dire aux Français que leur retraite pourrait être assurée sans prolonger la durée d’activité et sans toucher à l’âge légal".

Quelle prise en compte de l’usure au travail ?

Dans ce bras-de-fer annoncé, la prise en compte de l’usure au travail dans l’âge de départ en retraite est une attente forte pour une majorité de salariés, d’autant qu’elle apparaît comme la principale contrepartie du gouvernement au durcissement annoncé des conditions d’accès à la retraite. Selon les métiers, la pénibilité peut entraîner des maladies allant des TMS (troubles musculo-squelettiques) aux cancers et réduire l’espérance de vie de certains travailleurs. Certains secteurs, comme le BTP, l’agroalimentaire ou la santé, sont particulièrement concernés. Statistiquement, un ouvrier profite moins longtemps de sa retraite, puisqu’il a un écart de cinq à sept ans d’espérance de vie avec un cadre.

Mais si le gouvernement reconnaît la nécessité de compenser cette inégalité, Eric Woerth défend une logique de reconnaissance de la pénibilité au cas par cas, qui inquiète les syndicats. Ainsi, pour qu’un salarié puisse partir en retraite anticipée, il faudra que son usure physique soit "avérée" et "prouvée" par des "marques physiques", explique le ministre du Travail. Pour Eric Woerth, qui refuse une pénibilité "par métier" pour ne pas recréer des "régimes spéciaux" de retraite, il ne faut pas s’attacher uniquement à la "pénibilité intrinsèque des tâches", mais regarder les "effets différents qu’elle peut avoir sur différentes personnes". Autrement dit, deux salariés occupant le même poste pénible pourraient ne pas partir tous deux en pré-retraite, car leur départ serait lié à l’usure que chacun présentera. Cette vision sous-entend le principe d’une visite médicale pour chaque salarié, défendu par le patronat.

Mais les syndicats rejettent cette approche, qu’ils jugent trop réductrice. Pour la CGT, la position du ministre constitue "une insulte au bon sens, dès lors que pour bénéficier de mesures concrètes, la condition exigée serait que la santé du salarié soit déjà altérée". Les syndicats soulignent notamment que la pénibilité peut engendrer des maladies à effets différés, comme certains cancers qui se déclenchent plusieurs années après l’arrêt de l’activité, impossibles à déceler au moment de la visite médicale. Ils considèrent que vérifier l’état de santé du salarié exclurait du dispositif tous ceux dont la santé se dégradera plus tard du fait de leur travail, à l’instar des salariés victimes de l’amiante qui, eux, disposent déjà d’une retraite anticipée. Ils réclament au contraire un départ anticipé automatique pour certains métiers ou certains facteurs de pénibilité, sans attendre que la personne soit tombée malade. La CFDT demande que tous les salariés puissent bénéficier d’un départ anticipé d’un an par tranche de 10 ans d’exposition à un de ces facteurs. La CFE-CGC, de son côté, demande que soit également prise en compte la pénibilité psychique, pour les cadres ou les enseignants par exemple, rappelant que le stress a aussi un impact sur la durée de vie. Mais le sujet ne fait pas partie de la réforme.

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